Pourquoi répondre aux appels d'offres publiés est déjà trop tard ?

C’est un scénario que tout chef d’entreprise ou directeur commercial dans le B2G connait par cœur.

Vous recevez une alerte sur votre plateforme de veille (Double Trade, Spigao, ou Vector Plus). Un marché public parfait pour vous vient de sortir. Vous mobilisez vos ressources pendant trois jours, vous peaufinez votre mémoire technique, vous ajustez vos marges au plus bas… et deux mois plus tard, vous recevez la lettre de rejet : "Votre offre n'a pas été retenue".

Pourquoi ? Parce que vous avez joué à un jeu dont les dés étaient jetés bien avant que vous ne lisiez l'avis de marché.

Si votre stratégie commerciale repose uniquement sur la réponse aux appels d'offres publiés, vous arrivez trop tard. Voici pourquoi, basé sur la réalité du terrain des entreprises qui gagnent.

1. La réalité du "CCTP Orienté" : Les dés sont souvent déjà jetés

Il faut briser un tabou : quand un appel d'offres est publié, le choix technique a souvent déjà été fait dans l'esprit de l'acheteur.

Les collectivités ont besoin d'aide pour rédiger leurs Cahiers des Clauses Techniques Particulières (CCTP). Elles ne sont pas expertes en tout. Qui les aide ? Les entreprises qui sont allées les voir 6, 12 ou 18 mois avant.

Comme l'explique Franck Vinot de chez Etesia (Matériel d'espaces verts) : "Quand la collectivité choisit de faire un appel d'offres, elle a fait un choix technique... Si on a fait le boulot préalablement avant, on va découvrir que c'est notre produit qui est dans le marché. Par contre, si on ne l'a pas fait... les dés sont déjà jetés avant.",.

Si vous découvrez l'appel d'offres le jour de sa publication, vous répondez à un cahier des charges qui a probablement été écrit avec (ou pour) votre concurrent. Vous partez avec un handicap technique que vous ne pourrez combler qu'en cassant vos prix.

2. L'Appel d'Offres de "Complaisance"

Parfois, la situation est encore plus claire. Une entreprise est déjà en place, le client est satisfait, mais le Code des Marchés Publics oblige la collectivité à remettre en concurrence le marché.

C'est ce que Cauros (Bureau d'études VRD) appelle les appels d'offres "de complaisance" ou "administratifs". Ils expliquent : "L'offre est déjà attribuée... C'est juste de l'administratif pour dire qu'il y en a. Évidemment, on met des critères, on joue sur les critères... Il faut dire qu'il y a un bon tiers des appels d'offres qui sont comme ça.".

Dans ce cas de figure, répondre sans avoir l'information terrain est une perte de temps et d'argent considérable.

3. Les mathématiques de l'échec : Le coût de la réponse

Attendre la publication, c'est accepter d'être noyé dans la masse. Sur certains dossiers de maîtrise d'œuvre ou de construction, une collectivité peut recevoir plus de 100 candidatures.

Nicolas Ferrand du bureau d'études B27 illustre parfaitement cette fatigue de la réponse à froid : "En 2025, j'ai répondu à 115 candidatures. Sur les 115, j'ai dû en environner proprement une vingtaine, pas plus.".

Le taux de transformation sur les appels d'offres "froids" est souvent très faible (10% à 30% selon les secteurs). À l'inverse, quand le travail de prescription est fait en amont, les taux explosent. Nicolas Fruh d'Ecov (Covoiturage) confie que lorsqu'ils réalisent l'étude en amont, ils gagnent le marché "dans 99% des cas".

4. La solution : Passer de "Répondant" à "Prescripteur"

La seule manière de sortir de la guerre des prix et de l'aléatoire est de remonter le temps. Il faut identifier le projet avant qu'il ne devienne un marché public.

C'est la stratégie de la "Prescription Amont". L'objectif est de rencontrer la collectivité (le DST, l'élu, ou le bureau d'études) quand le projet est encore au stade de l'intention ou de l'étude de faisabilité.

Pourquoi est-ce crucial ?

Pour influencer le besoin : Vous pouvez orienter les choix techniques vers vos solutions.

Pour verrouiller l'équipe : Dans le BTP ou l'ingénierie, les équipes se forment bien avant la publication.

Pour contourner l'interdit : Une fois l'appel d'offres publié, il est juridiquement risqué pour un acheteur de vous parler. "Lorsque une annonce sort... le maître d'ouvrage n'est plus censé recevoir un maître d'œuvre". Si vous n'avez pas parlé avant, vous ne parlerez plus.

Conclusion : Changez votre timing

Si vous attendez que le téléphone sonne ou que l'alerte BOAMP tombe, vous êtes spectateur du marché.

Les entreprises qui surperforment dans le secteur public ont compris une chose : l'information la plus précieuse n'est pas celle qui est publiée officiellement, c'est celle qui se dit dans les conseils municipaux, les votes de budget et les débats d'orientations, 12 à 24 mois avant la sortie du marché,.

C'est là que se gagnent les guerres. Pas le jour de la remise des plis.

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